GRAND COEUR, GARE AU VOLONTOURSIME

Voyager au Cambodge, au Kenya ou encore au Pérou, c’est se balader sur les plages de Kep, voir des animaux sauvages dans leur état naturel et goûter à diverses spécialités culinaires. Mais c’est aussi faire face à des populations démunies. Pourquoi donc ne pas profiter de ce temps à l’étranger pour aider les locaux ? Depuis plusieurs années, cette ambition altruiste est grandissante chez les touristes. Face à cet engouement, des centaines d’entreprises fleurissent pour proposer d’allier vacances et humanitaire. Mais partir en mission en leur nom, c’est penser faire le bien tout en faisant plus de mal qu’autre chose. Watch out. 

Projects-abroad, Bamboo, Glob along… Ces entreprises qui reproduisent tous les codes qu’utilisent les associations ou les ONG dans leur communication n’en sont pas. Car comme toute entreprise, elles doivent faire du profit. Mais faire du profit sur de l’humanitaire, c’est un peu limite. Voilà pourquoi ces dernières sont régulièrement décriées. Pour autant, nous ne sommes pas prêts de les voir disparaitre car ce business de la charité est très lucratif. Un volontaire peut facilement payer autour de 2000€, voyage non compris, pour partir en mission, et sachant que plus d’un million de personnes partent faire du volontourisme chaque année,  et que plus de 40% des profits vont directement dans les caisses, ce commerce a encore de beaux jours devant lui comme on dit. 

Cette nouvelle façon de voyager reste néanmoins tentante. Quoi de mieux qu’un combo humanité et plaisir, aide de son prochain et plage entre copains chaque après-midi ? Et puis, même s’il arrive de payer pour partir faire de l’humanitaire, l’important c’est que ça aide non ? Théoriquement oui mais en pratique, non. En effet, ces faux organismes, en plus d’avoir du culot, ont peu de morale : la plupart des missions proposées sont inutiles aux populations locales et peuvent même endommager la situation sur le terrain. En 2016, l’équipe de l’émission Envoyé Spéciale a enquêté sur différents projets proposés par des entreprises de volontariat. Elle a pu découvrir des chantiers inutiles, de faux orphelinats et du trafic d’enfants. Retrouver des pompes à eau inutilisable quelques jours après leur installation par des touristes, rein d’exceptionnel dans ce business.  

Par ailleurs, malgré toute la bonne volonté des touristes missionnaires, ils ne sont pas des humanitaires et ils n’ont pas la formation requise par la plupart des ONG. Pour autant, les entreprises de volontourisme permettent à n’importe qui de remplacer un médecin ou un enseignant durant deux semaines. 

En plus de faire du profit sur la pauvreté, ce nouveau concept de tourisme humanitaire véhicule et développe un volontariat stéréotypé du voyeurisme occidental. Ces programmes tendent à transformer les pays en voie de développement en attraction touristique de la pitié et en eldorado des Européens en quête gratitude humaine. Certains pensent d’ailleurs que toute cette mobilisation caritative découlerait d’un sentiment de culpabilité post-coloniale. Mais finalement, tout cela mène à une forme de néocolonialisme où les occidentaux sont les sauveurs de la planète. Ce concept est connu sous le nom de whitesavorism (sauvetage blanc). Les entreprises de volontariat, en proposant un supermarché en ligne de missions – de l’écologie à la protection es animaux – cherchent seulement à réponde aux fantasmes des volontouristes qui chercheraient à se faire plaisir plutôt que de réfléchir à ce qui aura le plus d’impact sur le terrain.

Si jamais vous voulez sauver le monde, posez-vous les bonnes questions quant aux impacts de votre voyage sur le terrain car malheureusement, les bonnes intentions ne sont pas suffisantes. Il faut tout d’abord prendre en compte les besoins des populations concernées et vous assurer de procéder de la meilleur manière possible pour y répondre. Le gros du travail humanitaire ne se situe pas toujours sur le terrain mais bien au sein de l’administration des organisations par exemple. L’important est de s’assurer que vos actions soient pérennes. Par ailleurs, ne surtout pas oublier que les associations elle-mêmes ne sont pas toujours toutes blanches. Pas si simple de faire de l’humanitaire. Pensez qu’il à à voir avec l’humain, qui n’a pas envie de voir débouler dix étudiants différents toutes les deux semaines pour s’occuper de ses enfants. 

Ce récent phénomène nous amène finalement à remettre en question la notion de volontariat en général. 

Comment bien faire de l’humanitaire sans être un humanitaire ? Est-ce possible d’aider durablement avec une mission ponctuelle ? La multiplication des missions humanitaires participe-t-elle à creuser le fossé entre pays en développement et pays développés ? 

Bibliographie / filmographie 

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3 commentaires

  1. Bonjour!

    Super cet article! Effectivement ce type de « volontariat » est de plus en plus fréquent. Mais le problème vient aussi de la conscience occidentale qui se dit « vouloir aider les populations locales » sans réellement prendre conscience des enjeux et sans se tenir assez informée des réels besoins de ces populations.
    Au final il est préférable d’aider à petites échelles, plutôt que de vouloir tout de suite venir en aide à des peuples qui vivent à l’autre bout du monde, et de se lancer dans une aventure qu’on maitrise à peine..

    A bientot,
    Eléonore

    http://sofunnygirl.blogspot.fr/

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